lundi 25 janvier 2016

dérisoire, c'est-à-dire, tragique





Le tragique de notre époque, c'est de tout voir devenir instantanément - ou presque - dérisoire. Quoi de plus désolant pour un esprit qui n'ait pas été abruti par une civilisation aussi bête que cynique ? Car ce ne sont pas les horreurs de la misère, des guerres, du terrorisme et autres qui frappent le plus, mais plutôt le fait que l'on ait perdu intimement le vrai sens de leur portée, peu importent les manifestations d'indignation ou les cris hystériques des allumés sur les réseaux sociaux, d'ailleurs, très révélateurs : on publie sa protestation maintenant, mais, dans l'instant suivant ou quelques heures après dans la journée, on publie aussi la photo de la balade entre amis ou la dernière blague sur les affaires politiques du moment. Belle leçon d'honnêteté, de profondeur, d'humanité... Mais oui, c'est sans doute une belle leçon d'humanité au sens le plus bas qu'on puisse prêter à ce mot. Il n'y ayant plus rien de si important qui vaille une tristesse qui persiste plus que le temps qu'il faut pour qu'on se décharge de son chagrin dans un ou deux commentaires apparemment bien enflammés, à chacun de revenir à son indifférence avec la conscience apaisée par la sensation d'avoir participé du destin du troupeau. Ce qu'on craint toujours, c'est la réprobation sociale, et l'on a même du mal à s'avouer le pire qui fait ses propres motivations. L'homme moyen existe pour survivre dans la soupe tiède de l'espèce, et c'est celle-ci qui est essentiellement dérisoire.


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